« Le cinéma m’a permis de trouver la force de remonter le fil de ma mémoire et d’aller confronter tous les coins obscurs que j’y avais délaissés. » Cette phrase résume avec précision le tournant qu’a pris le travail de Romane Bohringer ces dernières années : passer progressivement de l’interprétation à un cinéma plus personnel.
Actrice et réalisatrice, l’artiste construit depuis le début des années 90 un parcours singulier. Révélée très jeune, elle se forme en grande partie sur les planches, puis reçoit en 1992 le César du Meilleur espoir féminin avec Les Nuits fauves de Cyril Collard. Dès lors, elle refuse toute assignation et enchaîne les rôles contrastés. On la retrouve tout autant dans Rimbaud Verlaine aux côtés de Leonardo DiCaprio que dans Le Bal des actrices de Maïwenn, ou encore au théâtre où elle joue aussi bien Shakespeare et Ionesco qu’Annie Ernaux.
En 2018, Romane Bohringer franchit une étape décisive et passe à la réalisation avec L’Amour flou, coréalisé avec Philippe Rebbot. Inspiré de leur propre séparation, le film adopte une forme légère et frontale pour raconter la réinvention d’un couple et d’une famille après la rupture. Quelques années plus tard, elle retourne derrière la caméra pour poursuivre cette exploration autobiographique et réalise Dites-lui que je l’aime, présenté dernièrement en Séances Spéciales à Cannes. Adaptant le livre de Clémentine Autain, Romane Bohringer met en regard deux trajectoires marquées par l’absence maternelle - celle de l’autrice et la sienne - et construit un film d’enquête sensible, à la frontière du documentaire et de la fiction.
Prolongeant cette démarche réflexive, Romane Bohringer reviendra, à l’issue de la projection, sur son parcours, ses inspirations, et le lien intime qu’elle entretient avec le cinéma.